“ C’est à boire, à boire, à boire ; c’est à boire qu’il nous faut ! ”. La loi Evin a été amendée et permet désormais de promouvoir les qualités des alcools, en pleine campagne anti-alcool au volant. Il y a de quoi avoir la gueule de bois.
Dimanche 17 octobre 2004
La loi Evin a subi un amendement important puisqu’il sera désormais possible de faire la publicité des alcools en vantant leurs qualités. Je n’ose imaginer les campagnes publicitaires. Philippe Le Lay vend du temps de cerveau disponible à Coca-Cola. Désormais, il pourra aussi le faire pour les alcools. Mais je ne suis pas sûr qu’après quelques verres, le cerveau reste disponible et opérationnel.
Si cela fait évidemment très plaisir à la filière viticole, qui se dit sinistrée, cela apparaît aussi comme un coup rude porté à la politique du gouvernement Raffarin, qui boit décidément le calice jusqu’à la lie. Peut-être noiera-t-il son chagrin dans l’alcool…
Car enfin, comment tolérer un tel amendement alors que la sécurité routière nous saoule de son slogan “ Celui qui conduit est celui qui ne boit pas ” ? Comment tolérer un tel amendement alors même qu’en août dernier, Philippe Douste-Blazy nous alertait sur le syndrome d’alcoolisation fœtale (lire par ailleurs) ? Comment tolérer un tel amendement alors que les jeunes boivent de plus en plus, et qu’il y a toujours plusieurs millions de personnes dépendantes de l’alcool ?
Si la filière viticole boit du petit lait, le ministre de la Santé boit la tasse. Certes, il s’est opposé à cet amendement, mais le cœur n’y était pas. C’est un peu comme si Raymond Domenech affirmait que l’équipe de France de football était la meilleure équipe au monde !
Les socialistes (Claude Evin, l’initiateur de la loi, en tête) se sont bien sûr insurgés devant cet amendement. Sauf qu’ils n’étaient pas présents au moment du vote (14 votes contre l’amendement et 114 votes pour !). Ce n’était pourtant pas la mer à boire ! Les absents ont toujours tort, dit-on. A moins que ces absences ne soient diplomatiques et n’évitent aux “ rosés ” d’arbitrer un cas de conscience : défendre la loi d’un des leurs ou défendre leurs électeurs… In vino veritas, n’est-ce pas !
Bref, dans cette affaire, quelque soit l’appartenance politique, le courage n’était pas de mise. Peut-être les députés auraient-ils dû boire pour se donner du courage…
Reste que cet amendement de la loi Evin est passé comme dans du beurre. Après ça, il ne faudra pas s’étonner si certains Français sont beurrés…
Et puis, à quand la permission de faire de la publicité pour les qualités des drogues ? Parce qu’après tout, on n’en est plus très loin.
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