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Gouvernement Raffarin v3.0


Raffarin I, ça va ; Raffarin II, ça va déjà beaucoup moins bien ; Raffarin III, bonjour les dégâts ?

Vendredi 2 avril 2004 Jean-Pierre Raffarin est le nouveau premier ministre français. Oui, c’était déjà l’ancien. Non, ce n’est pas un poisson d’avril. Suivant le vieil adage « qui aime bien châtie bien », le Président Chirac a permis à son fidèle Poitevin de rempiler. Raffarin, ce n’est peut-être pas « le meilleur d’entre nous » (puisqu’il parlait en ces termes de Juppé), mais c’est tout ce qu’il avait sous la main.
Raffarin a donc modifié son gouvernement mais a conservé les cadres. D’où une sensation de déjà vu.
En fait, le nouveau gouvernement s’apparente à un changement dans la continuité. Ainsi, Sarkozy, Fillon et de Villepin ont changé de portefeuille tandis qu’Alliot-Marie, Perben, Lamour et de Robien conservent leurs ministères respectifs.

Parmi les nouvelles têtes, Jean-Louis Borloo hérite d’un grand ministère sur l’emploi, le travail (mais existe-t-il des emplois sans travail ?) et la cohésion sociale. La cohésion sociale, c’est sûrement empêcher que les manifestants ne se regroupent n’importe comment. Comme par exemple les chercheurs aux côtés des profs d’EPS. Ca ne fait pas très cohésion sociale. Il faudrait plutôt que les profs d’EPS manifestent avec les autres profs.
Michel Barnier est nommé aux affaires étrangères tandis que Renaud Donnedieu de Vabres, condamné fin février dernier à une peine de sursis pour blanchiment dans l’affaire du financement du Parti Républicain par le Fondo, dirigera la culture et la communication... Cela promet ! Enfin, tant qu’il n’est pas aux finances...

Quant aux anciens, de Villepin quitte les affaires étrangères pour la place Beauvau. Ou comment passer de l’Extérieur à l’Intérieur. Certains le surnommeraient déjà « le périphérique parisien »... Fillon, lui, a filé par la Nationale. L’éducation nationale. Comme quoi, le gouvernement a subi un lifting puisque Fillon s’occupait des retraites et passe désormais aux études. La logique n’aurait-elle pas voulu qu’il fasse le chemin inverse ?

Enfin, après le périph’ et la Nationale, il était évident que j’allais parler des radars et donc de Sarkozy qui devient le flic de l’économie. D’ailleurs, pour faire rentrer de l’argent dans les caisses, sa première mesure aurait été d’augmenter le nombre de radars sur les routes. C’est très rentable, un radar ! Et puis, pour un ministre qui voulait « faire du chiffre », arriver au ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, c’est un aboutissement, non ? !
En plus, il devrait plus facilement négocier avec le Medef puisque son frère en est l’un des dirigeants. Quoiqu’une situation pareille, ça peut vous déchirer une famille. Vous allez voir que cela servira de synopsis pour le prochain feuilleton de l’été de TF1 !

N’oublions pas ceux qui partent. Mattéi, victime de la canicule ; Bachelot, priée de changer d’environnement ; Ferry, qui met les voiles (il a le droit, il n’est plus à l’école) ; Aillagon, l’intermittent du spectacle. Tous sacrifiés pour ne pas avoir su résoudre des conflits dont ils ne sont pourtant pas seuls responsables.

Enfin, l’incroyable s’est produit : Chirac a parlé ! Comme il est un peu mal entendant, il n’a pas entendu les diverses manifestations contre les projets du gouvernement. Il aura fallu un vote sanction contre le gouvernement qu’il reconduise peu ou prou celui-ci et nous ressorte son couplet sur la fracture sociale. Mais comme le français est une langue vivante et riche, il a changé de formule et parle désormais de cohésion sociale. C’est un peu comme s’il disait qu’au lieu de lutter contre le chômage, il lutte pour l’emploi. Il faut sûrement sortir de l’ENA pour comprendre la différence...
Reste que le Président de la république a demandé la suspension de la réforme de l’ASS (allocation spécifique de solidarité), réforme très contestée. Il souhaite également que l’on sorte rapidement du conflit avec les intermittents du spectacle et les chercheurs. Enfin, il refuse que la réforme de l’assurance maladie se fasse par ordonnance (il semblait pourtant logique d’utiliser des ordonnances pour soigner l’assurance maladie) et souhaite qu’elle passe par des négociations avec les partenaires sociaux. Bref, il joue la « carte vitale » en ce domaine.

Mais à tant rejeter les actions de son gouvernement, on se demande si Chirac n’est pas passé dans l’opposition. A croire que la cohabitation, ça lui manque !


 
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