La réforme Fillon sur l’école vient d’être approuvée en conseil des ministres, mention passable. L’occasion de voir les changements que le ministre de l’Education souhaite apporter à l’institution.
Vendredi 14 janvier 2005
La loi d’orientation sur l’école passera prochainement en conseil de discipline. Celui de la rue, d’une part, puisque les enseignants, fidèles à leurs pratiques ancestrales de la grogne envers les changements apportés par la droite et la résignation devant l’absentéisme de la gauche, vont manifester leur mécontentement ; celui de l’Assemblée nationale, d’autre part.
Voyons donc en quoi consiste cette fameuse réforme qui ambitionne de rendre l’école « plus juste et plus efficace ». Plus efficace, j’imagine que cela est possible. Il n’y a qu’à voir le niveau des émissions de télé réalité pour s’en convaincre. Mais plus juste ? Que je sache, une classe a le même professeur, les mêmes examens. C’est juste, ça ! C’est surtout le nombre d’enseignants qui est trop juste !!!
François Fillon veut que chaque élève quitte l’école avec un « socle de connaissances et de compétences indispensables ». Il faudra posséder une bonne maîtrise de la langue française (y aura-t-il des cours de SMS ?), des bases en maths (pour au moins savoir calculer ses impôts !), en histoire-géo (connaître les 25 pays européens et savoir où se trouve l’Asie du Sud est), en informatique et se débrouiller dans une langue étrangère. Je ne voudrais pas paraître rabat-joie, mais il me semble que l’on apprend déjà cela en classe… Où est la réforme là-dedans ? On n e peut pas forcer un cancre à savoir quelque chose s’il refuse de l’apprendre. Cela me rappelle cette remarque de Christophe Alévèque : « A l’école, c’est toujours pareil : l’année suivante, on oublie tout ce qu’on a vu l’année d’avant ; on ferait mieux d’y aller directement la dernière année ! ».
En 2007, nous aurons également un nouveau baccalauréat. Le nombre d’épreuves sera limité… tout comme le nombre de recalés puisqu’il faudra atteindre 80% de réussite au bac (c’est déjà le cas actuellement). De plus, notre cher ministre de l’Education souhaite augmenter de 20% (d’ici à 2010) le nombre de bacheliers généraux issus de milieux défavorisés (les profs estiment que leurs enfants en font partie) et le nombre de filles en séries scientifiques. C’est ça la parité !
En gros, Fillon est pour une école plus juste en instaurant des quotas d’élèves reçus. Je ne vois pas où est la justice là dedans. Cela part certes d’un bon sentiment mais comment veut-on permettre aux élèves de sortir de l’école avec un diplôme reconnu si on le brade ?
Ensuite, partant du constat que les Français sont nuls en langues étrangères (il suffit d’entendre les principaux hommes politiques pour s’en convaincre, d’ailleurs), François Filon veut rattraper cette lacune. L’apprentissage d’une première langue étrangère se fera donc dès le CE1 et une deuxième langue sera étudiée à partir de la 5ème (au lieu de la 4ème, quel progrès !!!).
Entente franco-allemande oblige, le ministre de l’Education souhaite augmenter de 20% (encore ?!) le nombre d’élèves apprenant l’allemand. Bref, l’idéal pour lui serait de trouver des filles provenant de milieux défavorisés passant un bac scientifique et apprenant l’allemand. Tout ceci dans la proportion de 20% évidemment. Mais tout ceci n’est qu’un cas d’école. On n’est pas obligé de le suivre à la lettre.
C’est vrai que les Français sont nuls en langues étrangères. On le voit encore aujourd’hui avec l’euro : il ne nous parle pas beaucoup puisque nombre de personnes parlent encore en franc…
Il faut dire aussi : pourquoi parler une autre langue ? Si les étrangers sont meilleurs que nous dans les langues étrangères, ils n’ont qu’à apprendre le français et le tour est joué ! Tout le monde parlera français et tout le monde se comprendra !!!
Si le ministre voulait vraiment que les Français progressent en langues étrangères, il n’aurait pas dû nous obliger à en apprendre deux. Soyons logiques ! Si l’on n’arrive pas à apprendre correctement une langue, pourquoi nous en laisser deux ? Ne vaudrait-il pas mieux en connaître une parfaitement plutôt que deux très mal ?
La règle des redoublements est également revue. En fin de 5ème et en fin de première (je parle de classe, pas de boîte de vitesse), les parents n’auront plus leur mot à dire. En revanche, l’élève pourra obtenir un soutien scolaire par petits groupes à raison de 3 heures par semaine. Voilà qui pourrait couper l’herbe sous le pied de sociétés spécialisées dans le soutien scolaire mais c’est peut-être un bon point pour les élèves en perdition qui souhaitent s’accrocher. On devrait faire la même chose pour les hommes politiques…
Enfin, si un professeur est absent pour une courte durée, des enseignants pourront être « réquisitionnés » pour assurer des cours. Ceux-ci seront payés en heures supplémentaires (dans la limite de 72 heures par an). Inutile de dire que cela fait gronder les enseignants ! Et puis, 9 fois sur 10, quand un professeur est absent, c’est qu’il manifeste. Or ses collègues manifestent avec lui. Il n’y aura donc personne pour assurer les cours ! Hé oui, c’est un cas qui fait école !
Finalement, n’est pas Charlemagne qui veut !
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